Séjours au pair

> >
Je suis devenue moi

Je suis devenue moi !

Elodie nous présente les points clés et les points forts du programme Au Pair USA. Son regard, chargé de son expérience de participante au séjour d’une année au pair aux USA et de responsable actuelle du programme au sein de Calvin-Thomas, nous éclaire sur les enjeux réels d’un tel séjour. Et son témoignage se présente, par ailleurs, comme une belle variation sur le thème de la métamorphose.

Calvin-Thomas — Commençons par présenter le programme !
Elodie — Euraupair est un programme culturel, basé sur l’immersion en famille. Sa force vient de sa durée. Il consiste à vivre un minimum de 12 mois (et un maximum de 24) aux USA, à s’occuper des enfants de la famille qui vous reçoit, à s’intégrer au monde qui vous entoure, à suivre quelques heures de cours dans une structure universitaire ! En échange, on est rémunéré à hauteur de 139 dollars par semaine, on dispose de jours de congé, on se voit offrir le voyage aller-retour jusqu’à son lieu de résidence aux USA, un stage de formation à New-York, une assurance très complète, une assistance sur place, et la mise à disposition d’une voiture !

Calvin-Thomas— S’agit-il d’un travail à proprement parler ?
Elodie — C’est un travail au sens où l’on est payé, et où, en échange de cette rémunération, on fournit un service ; au sens où cette année fait à la fois office de formation et d’expérience professionnelle. C’est un travail si l’on considère une famille comme une petite entreprise. C’est un travail, enfin, dans la mesure où s’occuper d’enfants est une activité exigeante, qu’il faut prendre très au sérieux. Mais ce n’est plus un travail à partir du moment où l’effort d’intégration vous amène à devenir membre à part entière de votre famille hôte, à vous situer comme une sorte de « super grande soeur ». Ce n’est plus un travail à partir du moment où vous assurez tout naturellement votre fonction, où vous ne comptez pas, où vous prenez tout simplement du plaisir à être là où vous êtes. Quand tout se passe bien, vous vivez une vie quotidienne, très simplement, avec, c’est vrai, une responsabilité et des devoirs.

Calvin-Thomas— À qui s’adresse le programme ?
Elodie — Aux jeunes filles, bachelières, âgées de 18 à 26 ans (malheureusement pas aux garçons car nos partenaires américains n’arrivent pas à les placer). L’âge et le diplôme sont les seuls critères objectifs et incontournables. Pour le reste, il faut être titulaire du permis de conduire (mais rien n’empêche d’engager les démarches pour le passer dès que l’on a pris la décision de partir), se débrouiller en anglais, avoir une expérience des enfants, et être motivée !

Calvin-Thomas— « Se débrouiller en anglais », qu’est-ce que ça veut dire ?
Elodie — Dans la brochure de présentation, on parle d’anglais fonctionnel. L’idée est d’arriver à communiquer en anglais, de comprendre et d’être capable de se faire comprendre sur des choses basiques (où on habite, où on est né, où on veut aller !). Pour peu que l’on ait suivi une scolarité normale en anglais (et ce doit être le cas puisqu’il faut être titulaire du bac) on doit pouvoir s’en sortir. Je pense qu’il s’agit plus d’un état d’esprit qu’autre chose. On sait très bien que les jeunes filles partent pour faire des progrès en langue. On ne leur demande en aucun cas d’être bilingues, on leur demande de faire preuve d’envie de parler, d’échanger et d’arriver à expliquer qu’un enfant est tombé et qu’il s’est fait mal ! Si une candidate fait preuve de bonne volonté mais que son niveau est vraiment très faible, elle peut tout à fait prendre des cours intensifs d’anglais avant le départ.

Calvin-Thomas — Qu’en est-il de l’expérience requise ?
Elodie — L’idéal est d’avoir fait du baby-sitting. C’est plus adapté que d’avoir fait des centres aérés. Pour s’occuper des tout-petits (entre 3 mois et deux ans) il faut se prévaloir de 200 heures d’expérience (c’est la loi américaine qui l’impose) et avoir 19 ans au moment du départ.

 

Calvin-Thomas — Au final, quel est, vu du côté d’Euraupair et des familles, le profil idéal pour être jeune fille au pair ?
Elodie Meynot — L’idéal est d’avoir à faire à une personne disponible et mûre. Être disponible, cela veut dire aimer s’occuper des enfants. C’est la priorité des priorités, car si on n’aime pas ça, ce n’est pas la peine de partir. On filerait droit à l’échec. Être mûre, c’est faire preuve d’un minimum d’esprit de responsabilité et d’indépendance. Il faut avoir conscience des exigences liées au fait de se retrouver seule à l’étranger, et être prête à quitter « papa et maman ». On aurait tendance à penser que 21, 22 ans est l’âge idéal (majorité US, expérience…), mais il y a des filles de 18 ans qui sont bien plus responsables et indépendantes que d’autres plus âgées.

Calvin-Thomas— Comment faire pour s’inscrire ?
Elodie — Une jeune fille qui a pris connaissance du programme et qui est intéressée renvoie un coupon d’inscription (qu’elle trouve sur une brochure ou qu’elle imprime sur le net), avec un chèque de 85 euros. À partir de là, le processus est enclenché. Une intervieweuse Euraupair prend contact avec elle assez rapidement ; s’ensuit un entretien très complet et la rédaction d’un dossier de candidature. À l’issue de l’entretien et de l’étude de ce dossier, si la candidature est acceptée, le dossier est envoyé aux USA où la recherche d’une famille est engagée.

Calvin-Thomas— Qui prend la décision finale du placement ?
Elodie — C’est la famille d’accueil – encadrée par l’organisme américain – qui choisit une jeune fille au pair. Elle la contacte alors au téléphone. À l’issue de cet échange, la famille américaine prend sa décision et la jeune fille au pair valide le choix. La relation est alors engagée et le contrat entre la famille et la participante, signé sous l’égide d’Euraupair, prend effet.

Calvin-Thomas — Combien de temps doit-on compter entre la première demande et le départ ?
Elodie — C’est très variable selon les candidates (profil, temps de réaction…), la demande aux USA et la période de l’année. Cela peut varier entre 2 et 6 mois en moyenne. Mais actuellement, cela peut aller plus vite, car beaucoup de familles sont en attente de jeunes filles au pair. C’est conjoncturel, mais il faut savoir en profiter.

Calvin-Thomas — Que se passe-t-il avant le départ ?
Elodie — C’est le temps de la formation (une réunion d’information très complète en France, suivie d’un stage de cinq jours à New-York) et de la préparation administrative (visa, papiers, voyage, assurance…). Notre organisme est alors un soutien précieux pour la participante dans la mesure où elle est entièrement encadrée.

 

Calvin-Thomas — Revenons au processus de sélection. En quoi consiste l’entretien ?
Elodie — Le programme est supervisé par le Département d’État Américain qui impose des règles drastiques (vérification des aptitudes des participantes, conditions de séjour, obligation de suivre des cours, etc.). C’est grâce à ces règles que chacun – famille et participante – est protégé. Le but de l’entretien est de repérer les mauvaises candidatures. Il consiste en un test psychométrique (rédigé par des psychologues reconnus par le Département d’État) qui permet d’identifier les « cas » (les gens instables, les gens dangereux, ceux qui mentent ou qui fabulent, etc.), et un échange (en anglais et en français) qui permet de cerner la personnalité du candidat. On parvient notamment à repérer les candidates dont la seule motivation est de se rendre à l’étranger à un moindre coût. On est très attentifs à cela. Le dossier complet nous aide à présenter une candidature cohérente aux Américains pour aider au choix des familles.

 

Calvin-Thomas — Quelles sont les craintes les plus courantes des candidates ?
Elodie — J’en vois trois : l’isolement d’abord. Les jeunes Françaises sont obnubilées par l’idée de se retrouver dans un trou paumé. Cette peur est due en partie à une méconnaissance du pays et de sa structure urbaine : on compare avec la France sans savoir que le « Downtown » aux USA n’est pas, à quelques exceptions près, un lieu de vie ; 90 % des Américains vivent dans ce que nous appelons banlieues, des lieux où est concentrée – contrairement à ce qui se passe en France – la vie sociale et culturelle. Cette peur est due également à une méconnaissance du programme. Il faut bien comprendre, qu’en général, les deux parents travaillent et qu’au vu du coût du programme, ils font plutôt partie de la classe moyenne/supérieure. Ils vivent donc dans des zones plutôt favorisées. Les jeunes filles se trouvent forcément à proximité d’une «University » ou d’un « Community College », et elles disposent d’une voiture pour l’essentiel de leurs déplacements. La crainte n’est donc pas fondée. La deuxième peur tient aux présupposés qui touchent à la société (peur de tomber sur une famille raciste, une famille qui n’aime pas les Français, etc.). Je réponds aux candidates que les familles au pair sont a priori ouvertes sur une autre culture – puisqu’elles accueillent une étrangère pendant une année – ouvertes sur le monde, et curieuses aussi. De toute façon, il faut, en règle générale, partir sans préjugés et éviter toute attitude trop critique sous peine de s’exposer en permanence et de rater son intégration. Celui qui se méfie de tout et prend trop de distance adopte une position intenable. Je crois que la meilleure façon d’adopter un pays est de l’aimer au départ. Il ne faut pas être « Anti » ! La troisième crainte tient à la position de la jeune fille au pair dans sa famille d’accueil. Certaines candidates ont peur de « faire la boniche ».

Calvin-Thomas — Il y a un contrat qui permet d’éviter cela ?
Elodie — Un contrat très précis même. Si le rôle d’Euraupair France est de bien sélectionner les filles au pair, celui d’Euraupair USA est de veiller au respect de ce contrat. En cas de problèmes, la jeune fille au pair peut s’adresser à l’organisme américain (son « area representative » ou son « counselor ») et lui demander d’intervenir. Globalement, une jeune fille au pair doit comprendre qu’elle n’est pas une invitée, qu’elle doit aider et participer comme un membre de la famille, et une famille doit comprendre que la jeune fille au pair n’est pas une femme de ménage. Euraupair USA contrôle les abus.

Calvin-Thomas — Pour toi qui as participé à ce programme, quelle est la principale difficulté à surmonter ?
Elodie — C’est sans conteste de trouver sa place dans la famille. Il faut bien voir qu’on arrive en parfaite inconnue au sein d’une structure autonome qui a ses habitudes de fonctionnement, et que l’on se doit, d’un côté, de participer, d’échanger, de ne pas s’isoler, et de l’autre et simultanément, de ne pas envahir, de ne pas tout bouleverser. On « débarque » à proprement parler dans un autre monde – avec, qui plus est, le problème de décalage linguistique et culturel – et il faut réussir à trouver ce subtil équilibre entre la participation active et la discrétion. « Est-ce que quand les parents discutent ensemble, je peux rester dans le salon regarder la télé ? » « Est-ce que je dois laisser ma porte ouverte ? » « Estce que je peux leur demander de les accompagner quand ils partent en week-end ? » Voilà les questions que l’on se pose et auxquelles on ne trouve pas toujours de réponses. Je crois que la solution, encore une fois, tient dans l’échange. Il faut parfois oser aller dire qu’on ne sait pas comment agir ou réagir. Il faut dépasser une certaine timidité ou pudeur. À côté de cela, il faut savoir surmonter les incompatibilités d’humeur, savoir être patiente, ne pas trop idéaliser. Il faut admettre que l’adaptation passe aussi par des compromis. Les jeunes filles doivent savoir qu’elles seront, quoi qu’il arrive, confrontées à cette période d’adaptation où l’enjeu sera de passer du statut d’étranger à celui de membre de la famille, et que le problème sera compliqué par le statut particulier d’ « au pair » qui est le leur.

Calvin-Thomas— Venons-en aux atouts du programme, car ils ne manquent pas ! Pour ce faire, je me demande si le mieux n’est pas d’évoquer ton parcours avant de partir au pair ?
Elodie — J’étais en fac de droit, j’envisageais de devenir avocate, mais je me suis retrouvée totalement perdue dans la structure de la fac (des profs pour qui l’on n’existe pas, aucun soutien, peu de motivation, peu de perspectives). J’avais par ailleurs perdu quelqu’un de proche, et j’étais vraiment dans le flou. Parallèlement, je dois reconnaître que je rêvais des Etats-Unis depuis toute petite.

Calvin-Thomas — Pourquoi ?
Elodie — La télé, tout simplement. Les feuilletons (Dallas notamment), le mythe, l’espace, les cowboys, le cheval, la liberté. Je trouvais que tout le monde était en mouvement, que tout le monde était souriant. J’avais une vision caricaturale, idyllique. Vers 15-16 ans, je me suis dit qu’il me fallait aller voir, sur place. Je me suis juré de le faire. Quand j’ai traversé cette période d’incertitudes et que je suis tombée sur la brochure de Calvin-Thomas, j’ai compris que ce programme était fait pour moi (j’aimais les enfants, ça ne coûtait pas cher, et j’avais l’impression de ne pas trop partir à l’aventure). Et pourtant j’étais très réservée, très timide, très tournée vers ma famille. Mais j’ai fait le pas. Jusqu’au jour de mon départ, mes parents ont pensé que je ne partirais pas. Je me souviendrai toute ma vie du jour où une famille américaine (qui allait devenir « ma famille ») m’a appelée, d’abord la mère puis le père. Le feeling est passé tout de suite. Quand j’ai compris le lendemain qu’ils me choisissaient et que j’irais au Texas, j’ai cru que je rêvais.

Calvin-Thomas— Sans revenir sur toute ton expérience, que retiens-tu de cette année ?
Elodie — Passée la période d’adaptation (qui dans mon cas a duré 2 ou 3 mois), tout a été merveilleux. Cette année a été la plus belle année de ma vie. J’ai pris dix ans dans ma tête, j’ai appris à surpasser une timidité certaine, à aborder les gens, à prendre des initiatives. Avant, j’étais quelqu’un d’indépendant, mais de très renfermé. Là-bas, je suis devenue « moi ». j’ai commencé à me sentir super bien, j’ai guéri mes blessures. En revenant, je savais ce que je voulais. J’étais mûre pour tenter de nouveaux trucs, toujours prête à repartir. Le travail que je fais aujourd’hui (N.D.L.R. : responsable du programme Euraupair à Calvin-Thomas), je ne l’aurais jamais fait sans ce voyage, je n’aurais jamais osé.

Calvin-Thomas— Et qu’en est-il de ta relation aux Etats-Unis ?
Elodie — J’ai une famille là-bas, une vie là-bas, et c’est là-bas que je conçois mon avenir. Mon rêve de gamine se poursuit. Je suis définitivement en phase avec ce pays. J’y suis bien, j’y suis chez moi. Je sais que mon amour de l’Amérique est excessif, mais je lui dois beaucoup.

Calvin-Thomas— Évoquons maintenant la question de la langue. Quel était ton niveau avant de partir ?
Elodie — J’avais, comme tout le monde, fait de l’anglais à l’école, mais uniquement par écrit. J’étais trop timide pour parler, et je dois reconnaître que de toute ma scolarité, je n’avais pas dit un seul mot en anglais (le système permet ça !). En arrivant là-bas, je me suis appuyée sur mes bases et je me suis lancée. Sur place je n’ai pas travaillé l’anglais, je l’ai acquis au jour le jour, simplement. J’ai beaucoup parlé avec les mains, j’ai fait des longues phrases pour dire des choses très simples, j’ai fait beaucoup de fautes… et puis un matin, je m’en souviens très bien, je me suis réveillée bilingue, je parlais en anglais comme si c’était ma langue, comme si je l’avais parlé toute ma vie. Tout était évident, alors que la veille encore je cherchais mes mots. Deux jours plus tôt, j’avais rêvé en anglais, mais là ce n’était plus un rêve, l’anglais était devenu ma langue. Il y avait eu un déclic. Pour penser et pour parler, je ne passais plus par le français.

Calvin-Thomas — Ton accent aussi est excellent !
Elodie — Je suis persuadée que le fait de ne pas avoir parlé à l’école a protégé mon accent et ma prononciation. J’avais l’oreille intacte et disponible pour attraper l’accent des US et du Texas.

Calvin-Thomas — Pour finir, quels sont les autres atouts du programme ?
Elodie — C’est un programme qui ne coûte rien. Il coûte cher aux familles américaines, mais il est extrêmement rentable pour une jeune fille au pair : un salaire, un billet d’avion, la possibilité d’avoir un visa de longue durée aux USA (croyez-moi, c’est très recherché !), une assurance complète, 3 h par semaine de cours dans une université, le logement et la nourriture, une voiture à disposition, un stage de formation ; un organisme qui vous encadre et peut vous soutenir… tout cela pour moins de 250 euros ! C’est une opportunité unique.

Calvin-Thomas — D’autant que cette expérience, si elle est bien gérée, vous accompagne toute votre vie ?
Elodie — Je conseille à toutes celles qui ont la possibilité de le faire, de partir un an au pair. Surtout si elles sont dans une phase de recherche et d’incertitude. Quand je vois le marasme qui entoure la jeunesse française, le manque de confiance qui l’habite, le flou qui l’entoure, je dis à chacun de s’échapper un moment, d’aller voir ailleurs, n’importe où ; et je garantis à tous ceux qui auront cherché, de revenir en ayant découvert quelque chose. Quelque chose d’essentiel.