Elodie nous présente les points clés et les points forts du
programme Euraupair. Son regard, chargé de son expérience de
participante au séjour d’une année au pair aux USA (c’était
en 2001) et de responsable actuelle du programme au sein de Calvin-Thomas,
nous éclaire sur les enjeux réels d’un tel séjour.
Et son témoignage se présente, par ailleurs, comme une belle
variation sur le thème de la métamorphose.
Trois Quatorze — Commençons par présenter
le programme !
Elodie — Euraupair est un programme culturel, basé sur l’immersion
en famille. Sa force vient de sa durée. Il consiste à vivre
un minimum de 12 mois (et un maximum de 24) aux USA, à s’occuper
des enfants de la famille qui vous reçoit, à s’intégrer
au monde qui vous entoure, à suivre quelques heures de cours dans une
structure universitaire ! En échange, on est rémunéré
à hauteur de 139 dollars par semaine, on dispose de jours de congé,
on se voit offrir le voyage aller-retour jusqu’à son lieu de
résidence aux USA, un stage de formation à New-York, une assurance
très complète, une assistance sur place, et la mise à
disposition d’une voiture !
Trois Quatorze — S’agit-il d’un
travail à proprement parler ?
Elodie — C’est un travail au sens où l’on est payé,
et où, en échange de cette rémunération, on fournit
un service ; au sens où cette année fait à la fois office
de formation et d’expérience professionnelle. C’est un
travail si l’on considère une famille comme une petite entreprise.
C’est un travail, enfin, dans la mesure où s’occuper d’enfants
est une activité exigeante, qu’il faut prendre très au
sérieux. Mais ce n’est plus un travail à partir du moment
où l’effort d’intégration vous amène à
devenir membre à part entière de votre famille hôte, à
vous situer comme une sorte de « super grande soeur ». Ce n’est
plus un travail à partir du moment où vous assurez tout naturellement
votre fonction, où vous ne comptez pas, où vous prenez tout
simplement du plaisir à être là où vous êtes.
Quand tout se passe bien, vous vivez une vie quotidienne, très simplement,
avec, c’est vrai, une responsabilité et des devoirs.
Trois Quatorze — À qui s’adresse
le programme ?
Elodie — Aux jeunes filles, bachelières, âgées de
18 à 26 ans (malheureusement pas aux garçons car nos partenaires
américains n’arrivent pas à les placer). L’âge
et le diplôme sont les seuls critères objectifs et incontournables.
Pour le reste, il faut être titulaire du permis de conduire (mais rien
n’empêche d’engager les démarches pour le passer
dès que l’on a pris la décision de partir), se débrouiller
en anglais, avoir une expérience des enfants, et être motivée
!
Trois Quatorze — « Se débrouiller
en anglais », qu’est-ce que ça veut dire ?
Elodie — Dans la brochure de présentation, on parle
d’anglais fonctionnel. L’idée est d’arriver à
communiquer en anglais, de comprendre et d’être capable de se
faire comprendre sur des choses basiques (où on habite, où on
est né, où on veut aller !). Pour peu que l’on ait suivi
une scolarité normale en anglais (et ce doit être le cas puisqu’il
faut être titulaire du bac) on doit pouvoir s’en sortir. Je pense
qu’il s’agit plus d’un état d’esprit qu’autre
chose. On sait très bien que les jeunes filles partent pour faire des
progrès en langue. On ne leur demande en aucun cas d’être
bilingues, on leur demande de faire preuve d’envie de parler, d’échanger
et d’arriver à expliquer qu’un enfant est tombé
et qu’il s’est fait mal ! Si une candidate fait preuve de bonne
volonté mais que son niveau est vraiment très faible, elle peut
tout à fait prendre des cours intensifs d’anglais avant le départ.
Trois Quatorze — Qu’en est-il de
l’expérience requise ?
Elodie — L’idéal est d’avoir fait du
baby-sitting. C’est plus adapté que d’avoir fait des centres
aérés. Pour s’occuper des tout-petits (entre 3 mois et
deux ans) il faut se prévaloir de 200 heures d’expérience
(c’est la loi américaine qui l’impose) et avoir 19 ans
au moment du départ.
Trois Quatorze — Au final, quel est, vu
du côté d’Euraupair et des familles, le profil idéal
pour être jeune fille au pair ?
Elodie Meynot — L’idéal
est d’avoir à faire à une personne disponible et mûre.
Être disponible, cela veut dire aimer s’occuper des enfants. C’est
la priorité des priorités, car si on n’aime pas ça,
ce n’est pas la peine de partir. On filerait droit à l’échec.
Être mûre, c’est faire preuve d’un minimum d’esprit
de responsabilité et d’indépendance. Il faut avoir conscience
des exigences liées au fait de se retrouver seule à l’étranger,
et être prête à quitter « papa et maman ».
On aurait tendance à penser que 21, 22 ans est l’âge idéal
(majorité US, expérience…), mais il y a des filles de
18 ans qui sont bien plus responsables et indépendantes que d’autres
plus âgées.
Trois Quatorze — Comment faire pour s’inscrire
?
Elodie — Une jeune fille qui a pris connaissance du programme
et qui est intéressée renvoie un coupon d’inscription
(qu’elle trouve sur une brochure ou qu’elle imprime sur le net),
avec un chèque de 49 euros. À partir de là, le processus
est enclenché. Une intervieweuse Euraupair prend contact avec elle
assez rapidement ; s’ensuit un entretien très complet et la rédaction
d’un dossier de candidature. À l’issue de l’entretien
et de l’étude de ce dossier, si la candidature est acceptée,
le dossier est envoyé aux USA où la recherche d’une famille
est engagée.
Trois Quatorze — Qui prend la décision
finale du placement ?
Elodie — C’est la famille d’accueil –
encadrée par l’organisme américain – qui choisit
une jeune fille au pair. Elle la contacte alors au téléphone.
À l’issue de cet échange, la famille américaine
prend sa décision et la jeune fille au pair valide le choix. La relation
est alors engagée et le contrat entre la famille et la participante,
signé sous l’égide d’Euraupair, prend effet.
Trois Quatorze — Combien de temps doit-on
compter entre la première demande et le départ ?
Elodie — C’est très variable selon les candidates (profil,
temps de réaction…), la demande aux USA et la période
de l’année. Cela peut varier entre 2 et 6 mois en moyenne. Mais
actuellement, cela peut aller plus vite, car beaucoup de familles sont en
attente de jeunes filles au pair. C’est conjoncturel, mais il faut savoir
en profiter.
Trois Quatorze — Que se passe-t-il avant
le départ ?
Elodie — C’est le temps de la formation (une réunion d’information
très complète en France, suivie d’un stage de cinq jours
à New-York) et de la préparation administrative (visa, papiers,
voyage, assurance…). Notre organisme est alors un soutien précieux
pour la participante dans la mesure où elle est entièrement
encarée.
Trois Quatorze — Revenons au processus
de sélection. En quoi consiste l’entretien ?
Elodie — Le programme est supervisé par le Département d’État
Américain qui impose des règles drastiques (vérification
des aptitudes des participantes, conditions de séjour, obligation de
suivre des cours, etc.). C’est grâce à ces règles
que chacun – famille et participante – est protégé.
Le but de l’entretien est de repérer les mauvaises candidatures.
Il consiste en un test psychométrique (rédigé par des
psychologues reconnus par le Département d’État) qui permet
d’identifier les « cas » (les gens instables, les gens dangereux,
ceux qui mentent ou qui fabulent, etc.), et un échange (en anglais
et en français) qui permet de cerner la personnalité du candidat.
On parvient notamment à repérer les candidates dont la seule
motivation est de se rendre à l’étranger à un moindre
coût. On est très attentifs à cela. Le dossier complet
nous aide à présenter une candidature cohérente aux Américains
pour aider au choix des familles.
Trois Quatorze — Quelles sont les craintes
les plus courantes des candidates ?
Elodie — J’en vois trois : l’isolement d’abord.
Les jeunes Françaises sont obnubilées par l’idée
de se retrouver dans un trou paumé. Cette peur est due en partie à
une méconnaissance du pays et de sa structure urbaine : on compare
avec la France sans savoir que le « Downtown » aux USA n’est
pas, à quelques exceptions près, un lieu de vie ; 90 % des Américains
vivent dans ce que nous appelons banlieues, des lieux où est concentrée
– contrairement à ce qui se passe en France – la vie sociale
et culturelle. Cette peur est due également à une méconnaissance
du programme. Il faut bien comprendre, qu’en général,
les deux parents travaillent et qu’au vu du coût du programme,
ils font plutôt partie de la classe moyenne/supérieure. Ils vivent
donc dans des zones plutôt favorisées. Les jeunes filles se trouvent
forcément à proximité d’une «University »
ou d’un « Community College », et elles disposent d’une
voiture pour l’essentiel de leurs déplacements. La crainte n’est
donc pas fondée. La deuxième peur tient aux présupposés
qui touchent à la société (peur de tomber sur une famille
raciste, une famille qui n’aime pas les Français, etc.). Je réponds
aux candidates que les familles au pair sont a priori ouvertes sur une autre
culture – puisqu’elles accueillent une étrangère
pendant une année – ouvertes sur le monde, et curieuses aussi.
De toute façon, il faut, en règle générale, partir
sans préjugés et éviter toute attitude trop critique
sous peine de s’exposer en permanence et de rater son intégration.
Celui qui se méfie de tout et prend trop de distance adopte une position
intenable. Je crois que la meilleure façon d’adopter un pays
est de l’aimer au départ. Il ne faut pas être « Anti
» ! La troisième crainte tient à la position de la jeune
fille au pair dans sa famille d’accueil. Certaines candidates ont peur
de « faire la boniche ».
Trois Quatorze — Il y a un contrat qui
permet d’éviter cela ?
Elodie — Un contrat très précis même. Si le rôle
d’Euraupair France est de bien sélectionner les filles au pair,
celui d’Euraupair USA est de veiller au respect de ce contrat. En cas
de problèmes, la jeune fille au pair peut s’adresser à
l’organisme américain (son « area representative »
ou son « counselor ») et lui demander d’intervenir. Globalement,
une jeune fille au pair doit comprendre qu’elle n’est pas une
invitée, qu’elle doit aider et participer comme un membre de
la famille, et une famille doit comprendre que la jeune fille au pair n’est
pas une femme de ménage. Euraupair USA contrôle les abus.
Trois Quatorze — Pour toi qui as participé
à ce programme, quelle est la principale difficulté à
surmonter ?
Elodie — C’est sans conteste de trouver sa place dans la famille.
Il faut bien voir qu’on arrive en parfaite inconnue au sein d’une
structure autonome qui a ses habitudes de fonctionnement, et que l’on
se doit, d’un côté, de participer, d’échanger,
de ne pas s’isoler, et de l’autre et simultanément, de
ne pas envahir, de ne pas tout bouleverser. On « débarque »
à proprement parler dans un autre monde – avec, qui plus est,
le problème de décalage linguistique et culturel – et
il faut réussir à trouver ce subtil équilibre entre la
participation active et la discrétion. « Est-ce que quand les
parents discutent ensemble, je peux rester dans le salon regarder la télé
? » « Est-ce que je dois laisser ma porte ouverte ? » «
Estce que je peux leur demander de les accompagner quand ils partent en week-end
? » Voilà les questions que l’on se pose et auxquelles
on ne trouve pas toujours de réponses. Je crois que la solution, encore
une fois, tient dans l’échange. Il faut parfois oser aller dire
qu’on ne sait pas comment agir ou réagir. Il faut dépasser
une certaine timidité ou pudeur. À côté de cela,
il faut savoir surmonter les incompatibilités d’humeur, savoir
être patiente, ne pas trop idéaliser. Il faut admettre que l’adaptation
passe aussi par des compromis. Les jeunes filles doivent savoir qu’elles
seront, quoi qu’il arrive, confrontées à cette période
d’adaptation où l’enjeu sera de passer du statut d’étranger
à celui de membre de la famille, et que le problème sera compliqué
par le statut particulier d’ « au pair » qui est le leur.
Trois Quatorze — Venons-en aux atouts du
programme, car ils ne manquent pas ! Pour ce faire, je me demande si le mieux
n’est pas d’évoquer ton parcours avant de partir au pair
?
Elodie — J’étais en fac de droit, j’envisageais de
devenir avocate, mais je me suis retrouvée totalement perdue dans la
structure de la fac (des profs pour qui l’on n’existe pas, aucun
soutien, peu de motivation, peu de perspectives). J’avais par ailleurs
perdu quelqu’un de proche, et j’étais vraiment dans le
flou. Parallèlement, je dois reconnaître que je rêvais
des Etats-Unis depuis toute petite.
Trois Quatorze — Pourquoi ?
Elodie — La télé, tout simplement. Les feuilletons (Dallas
notamment), le mythe, l’espace, les cowboys, le cheval, la liberté.
Je trouvais que tout le monde était en mouvement, que tout le monde
était souriant. J’avais une vision caricaturale, idyllique. Vers
15-16 ans, je me suis dit qu’il me fallait aller voir, sur place. Je
me suis juré de le faire. Quand j’ai traversé cette période
d’incertitudes et que je suis tombée sur la brochure de Calvin-Thomas,
j’ai compris que ce programme était fait pour moi (j’aimais
les enfants, ça ne coûtait pas cher, et j’avais l’impression
de ne pas trop partir à l’aventure). Et pourtant j’étais
très réservée, très timide, très tournée
vers ma famille. Mais j’ai fait le pas. Jusqu’au jour de mon départ,
mes parents ont pensé que je ne partirais pas. Je me souviendrai toute
ma vie du jour où une famille américaine (qui allait devenir
« ma famille ») m’a appelée, d’abord la mère
puis le père. Le feeling est passé tout de suite. Quand j’ai
compris le lendemain qu’ils me choisissaient et que j’irais au
Texas, j’ai cru que je rêvais.
Trois Quatorze — Sans revenir sur toute
ton expérience, que retiens-tu de cette année ?
Elodie — Passée la période d’adaptation (qui dans
mon cas a duré 2 ou 3 mois), tout a été merveilleux.
Cette année a été la plus belle année de ma vie.
J’ai pris dix ans dans ma tête, j’ai appris à surpasser
une timidité certaine, à aborder les gens, à prendre
des initiatives. Avant, j’étais quelqu’un d’indépendant,
mais de très renfermé. Là-bas, je suis devenue «
moi ». j’ai commencé à me sentir super bien, j’ai
guéri mes blessures. En revenant, je savais ce que je voulais. J’étais
mûre pour tenter de nouveaux trucs, toujours prête à repartir.
Le travail que je fais aujourd’hui (N.D.L.R. : responsable du programme
Euraupair à Calvin-Thomas), je ne l’aurais jamais fait sans ce
voyage, je n’aurais jamais osé.
Trois Quatorze — Et qu’en est-il
de ta relation aux Etats-Unis ?
Elodie — J’ai une famille là-bas, une vie là-bas,
et c’est là-bas que je conçois mon avenir. Mon rêve
de gamine se poursuit. Je suis définitivement en phase avec ce pays.
J’y suis bien, j’y suis chez moi. Je sais que mon amour de l’Amérique
est excessif, mais je lui dois beaucoup.
Trois Quatorze — Évoquons maintenant
la question de la langue. Quel était ton niveau avant de partir ?
Elodie — J’avais, comme tout le monde, fait de l’anglais
à l’école, mais uniquement par écrit. J’étais
trop timide pour parler, et je dois reconnaître que de toute ma scolarité,
je n’avais pas dit un seul mot en anglais (le système permet
ça !). En arrivant là-bas, je me suis appuyée sur mes
bases et je me suis lancée. Sur place je n’ai pas travaillé
l’anglais, je l’ai acquis au jour le jour, simplement. J’ai
beaucoup parlé avec les mains, j’ai fait des longues phrases
pour dire des choses très simples, j’ai fait beaucoup de fautes…
et puis un matin, je m’en souviens très bien, je me suis réveillée
bilingue, je parlais en anglais comme si c’était ma langue, comme
si je l’avais parlé toute ma vie. Tout était évident,
alors que la veille encore je cherchais mes mots. Deux jours plus tôt,
j’avais rêvé en anglais, mais là ce n’était
plus un rêve, l’anglais était devenu ma langue. Il y avait
eu un déclic. Pour penser et pour parler, je ne passais plus par le
français.
Trois Quatorze — Ton accent aussi est excellent
!
Elodie — Je suis persuadée que le fait de ne pas avoir parlé
à l’école a protégé mon accent et ma prononciation.
J’avais l’oreille intacte et disponible pour attraper l’accent
des US et du Texas.
Trois Quatorze — Pour finir, quels sont
les autres atouts du programme ?
Elodie — C’est un programme qui ne coûte rien. Il coûte
cher aux familles américaines, mais il est extrêmement rentable
pour une jeune fille au pair : un salaire, un billet d’avion, la possibilité
d’avoir un visa de longue durée aux USA (croyez-moi, c’est
très recherché !), une assurance complète, 3 h par semaine
de cours dans une université, le logement et la nourriture, une voiture
à disposition, un stage de formation ; un organisme qui vous encadre
et peut vous soutenir… tout cela pour moins de 250 euros ! C’est
une opportunité unique.
Trois Quatorze — D’autant que cette
expérience, si elle est bien gérée, vous accompagne toute
votre vie ?
Elodie — Je conseille à toutes celles qui ont la possibilité
de le faire, de partir un an au pair. Surtout si elles sont dans une phase
de recherche et d’incertitude. Quand je vois le marasme qui entoure
la jeunesse française, le manque de confiance qui l’habite, le
flou qui l’entoure, je dis à chacun de s’échapper
un moment, d’aller voir ailleurs, n’importe où ; et je
garantis à tous ceux qui auront cherché, de revenir en ayant
découvert quelque chose. Quelque chose d’essentiel.