Laetitia et Florence ont quitté la France en février dernier
pour rejoindre les États-Unis. Elles y séjournent une année,
dans le cadre d’un séjour au Pair. Nous effectuons en leur compagnie
un petit survol du programme, de ses enjeux et de ses atouts
Trois Quatorze – Comment toute cette
aventure a-t-elle commencé ?
Florence – Cela faisait bien trois quatre
ans que j’avais en tête de partir au pair. Mon truc, c’était
d’apprendre l’anglais, et de m’éloigner aussi. Mais
je ne me voyais pas partir comme ça, sans point de chute et sans attaches,
j’avais besoin d’être entourée. J’ai tout de
suite pensé que la structure familiale était l’idéal.
Elle me paraissait à la fois agréable et rassurante. Et comme
j’aimais bien m’occuper d’enfants… la formule au Pair
s’est imposée d’elle-même.
Laetitia – Moi, j’étais en maîtrise de LEA
et je sentais que pour l’anglais il me fallait aller vivre à
l’étranger. En tant qu’étudiante, cela me serait
revenu très cher. Et je craignais les programmes où on ne se
retrouve qu’entre étudiants étrangers. Quitte à
faire une coupure, je préférais essayer vraiment autre chose.
L’immersion en famille me paraissait être la bonne solution. Et
financièrement c’était intéressant.
Florence
– Je disais que j’avais ça en tête mais
je ne sais pas si je me serais décidée si deux événements
majeurs n’étaient pas intervenus. Premièrement, j’étais
un peu en échec au niveau des études : je venais d’arrêter
successivement ma première année de droit et ma première
année d’études de tourisme. Je ne savais plus trop quoi
faire ! Et, par-dessus le marché, mon copain partait dans le sud pour
faire ses études. Je ne pouvais pas le suivre. Alors je me suis dit
: « Lui, il part… et bien moi, je vais partir encore plus loin
! »
Trois Quatorze – Pourquoi et comment
avez-vous choisi Euraupair / Calvin-Thomas ?
Laetitia – J’ai été voir
sur Internet. J’ai demandé la brochure d’Euraupair et celle
d’Au Pair in America. Celle d’Euraupair est arrivée en
premier, c’était la plus claire et la plus complète, elle
me plaisait plus, je crois.
Florence – Moi j’ai
comparé tous les organismes sur le net. Euraupair était le mieux
expliqué, je crois que c’était le plus intéressant
(salaire, congés, etc). J’ai demandé une dizaine de documentations…
Euraupair était le plus attractif, mais je ne me souviens plus des
autres.
Trois Quatorze – Décrivez-nous
le parcours jusqu’au départ ?
Florence – Tout a été assez
vite pour moi. J’ai entamé les recherches début août
; fin août, j’ai envoyé ma candidature ; en septembre,
j’ai passé l’entretien et j’ai fait mon dossier ;
en octobre j’étais acceptée ; en novembre, j’avais
ma famille. La première famille qui m’a appelée, j’ai
dit « oui ». Il faut dire que j’avais très envie
de m’occuper de jumeaux (je l’avais d’ailleurs laissé
entendre dans ma lettre de présentation) et c’est ce qu’ils
me proposaient. Le plus long ça a été d’attendre
le départ… donc la naissance des deux jumelles dont je devais
m’occuper !
Laetitia – On m’a envoyé le dossier en mai, je
l’ai rempli. Mais j’ai perdu du temps, parce que je suis partie
en Italie durant l’été. À partir d’octobre,
plusieurs familles m’ont contactée, mais ça ne s’est
pas fait. La famille qui m’a choisie m’a appelée en décembre.
J’étais placée dans Chicago, downtown. La famille est
même venue me voir avant mon départ. C’était à
l’occasion d’un voyage qu’ils faisaient en Europe.
Trois Quatorze – Le jour de votre départ, quels sentiments
vous habitaient ?
Laetitia – J’avais un peu peur
de ne pas m’adapter, de ne pas m’entendre avec les gens.
Florence
– Je n’avais pas d’appréhension, pas de
peur particulière, sinon celle de m’éloigner des miens.
J’avais plus peur de ce que je perdais (du manque) que de ce que j’allais
trouver (la nouveauté). J’étais très excitée
à l’idée de voir New York. Je me rappelle que dans l’avion
je n’ai pas été vers les autres filles au Pair. Je voulais
garder ça pour moi.
Trois Quatorze – Ce stage était-il
intéressant, était-il formateur ?
Florence – J’ai une bonne expérience
des enfants puisque ma mère est assistante maternelle et depuis que
je suis petite, je baigne dans cette atmosphère- là… mais
j’ai appris des choses durant ce stage, notamment sur les différentes
façons d’aborder le travail en fonction de l’âge
des enfants dont on s’occupe. C’est très utile, car beaucoup
de jeunes filles au pair changent de famille et doivent donc s’adapter
à un autre environnement de travail, avoir une autre approche.
Laetitia – C’était dense, très dense. On
a des cours de 8 heures du matin à 6 heures du soir. C’est du
vrai travail. Mais sinon c’est bien. J’ai appris des choses au
niveau des soins d’urgence par exemple, ou de l’éducation
des enfants aux US (qui est très différente de l’éducation
en Europe).
Florence – La formation est bonne. De ce côté-là,
il n’y a rien à dire. Mais il faut conseiller aux futures participantes
de sortir le soir, d’aller voir Manhattan, de se promener, de ne pas
hésiter. Sinon on passe cinq jours sans voir grand chose.
Trois Quatorze – Parlons de l’expérience
en elle-même. Où habitez-vous ? Qui vous accueille ?
Florence – Je suis à
Saint-Louis, dans le Missouri. Au début quand j’ai eu mon placement
(et même pendant le stage quand je comparais avec les autres françaises)
j’ai pensé : « Qu’est-ce que c’est que cette
ville, ce trou paumé, etc. » Aujourd’hui, j’adore
Saint-Louis. C’est loin d’être une ville inintéressante
(c’était la première ville américaine à
la fin du XIXè !). Maintenant, c’est ma ville. Je ne regrette
pas du tout. Côté famille, ça roule aussi. Je m’occupe
donc des deux jumelles de 3 mois et de Margo, qui elle a quatre ans. La famille
m’a accueillie à bras ouverts, avec les ballons, les pancartes…
ils m’ont tout de suite considérée comme un membre à
part entière. La petite de quatre ans a eu un peu de mal à m’accepter
car elle a vu arriver quasiment en même temps deux soeurs et une nounou
! Maintenant, c’est parfait !
Laetitia – Je m’occupe
également de jumeaux. Ils ont quatre ans. Les parents sont très
sympas. La mère est professeur de psychologie à la fac et elle
a son propre cabinet. Le père est publicitaire, il a sa propre entreprise.
Je vis dans un immeuble de trois étages. L’appartement occupe
les trois étages. Ma chambre est au troisième. C’est bien
grand. Et puis Chicago est une ville magnifique. C’est génial.
Trois Quatorze – Après trois
mois aux USA, donc au tiers du parcours, pouvez- vous dresser un premier bilan
?
Laetitia – Ça se passe très
bien avec tout le monde. Humainement, c’est une grande expérience.
Au début avec les deux jumeaux, ce n’était pas toujours
facile, je crois qu’ils me testaient, comme le font tous les enfants.
Mais aujourd’hui, je ne vois que du positif. Je vois beaucoup de filles
au pair autour de moi qui ont eu de vrais « coups de blues »,
mais pas moi… Même si le premier mois, c’est vrai que c’est
difficile.
Florence – Globalement c’est parfait.
Je ne crois pas avoir regretté une seule fois de m’être
lancée là-dedans. Mais ça demande un vrai effort d’adaptation.
Je suis la première fille au pair dans cette maison, et je crois que,
pour tout le monde, cela implique beaucoup de changements. Même moi,
je suis surprise de certaines choses.
Trois Quatorze – Comme quoi ?
Florence
– Le planning par exemple. Il change tout le temps. Tous les
dimanches, on établit mon planning hebdomadaire. Mes horaires varient
beaucoup d’une semaine à l’autre, en fonction notamment
des jours où les jumelles vont à la crèche. Je les garde
deux jours par semaine toute la journée. Ces jours-là, je termine
vers 17 h 30. Les autres jours, je travaille le matin et en fin d’après-midi.
Mais le rythme me convient, même si je sais qu’il y a d’autres
filles qui ont beaucoup moins de travail. Je crois que tant que les gens n’exagèrent
pas, il ne faut pas compter. Si vous commencez à vous dire : «
Je ne prends pas le petit dans mes bras parce que j’ai fini mes heures
», vous êtes mort !
Trois Quatorze – On vous sent fières
de vous être engagées dans ce projet ?
Florence – Fière ce n’est pas
le mot. J’ai simplement l’impression d’être à
ma place. D’avoir fait ce que j’avais à faire. Je savais
que j’étais capable de le faire et je l’ai fait, voilà
! Hier, la mère m’a dit : « Ça fait trois mois que
tu es là. Je ne me souviens même plus comment c’était
avant ta venue. » Ça m’a fait plaisir. Je me sens utile.
Florence – Je dirais tout simplement que je suis contente de
l’avoir fait.
Trois Quatorze – Pensez-vous qu’une
telle expérience est jouable si on n’est pas passionnée
par les enfants ?
Florence – Passionnée, je ne sais pas,
mais il faut aimer s’occuper d’enfants, c’est certain.
Laetitia
– Il faut tout de même beaucoup de patience. Si on n’aime
pas s’occuper d’enfants, on tient peutêtre un temps, mais
pas un an. Ce n’est pas possible.
Trois Quatorze – Depuis votre arrivée,
qu’avez-vous appris ?
Laetitia – À être patiente justement.
À composer avec ce qui se présente. Ici, j’ai compris
qu’il fallait accepter les autres systèmes, les autres façons
de faire.
Florence – En anglais, je crois que c’est « tout
bénéfice ». Et puis il y a une chose que j’apprécie
tout particulièrement, c’est de suivre l’actualité
française et internationale depuis l’étranger. Le regard
est autre, c’est marrant et c’est passionnant.
Laetitia
– Côté anglais, il y aussi les cours obligatoires.
Je les prends au Truman en ESL (« English as a second language »),
2 heures par jour, du lundi au jeudi. On fait de la grammaire, du vocabulaire,
le prof est sympa, les textes sont intéressants ; mais pour moi qui
ai étudié l’anglais en fac, c’est parfois un peu
juste. À partir de septembre, j’essaierai de prendre des cours
supplémentaires (Littérature américaine et Histoire de
Chicago). Ce sont des cours pour les Américains, ils sont payants,
mais ça devrait être plus formateur.
Trois Quatorze – En revenant en
France, que ferez-vous ?
Florence – Je ne veux pas penser à
ça pour l’instant. Je suis trop attachée aux jumelles.
J’envisage d’ailleurs de « signer » pour six mois
supplémentaires (N.D.L.R. : au terme de la première année,
le séjour au pair peut être prolongé de six mois ou un
an). Après je rentre. Et je crois que je vais essayer d’être
hôtesse de l’air ; pas pour la vie, mais pour un moment. J’en
ai envie depuis longtemps.
Laetitia – Moi, je continue
mes études, je finis ma maîtrise (mon mémoire), et après
je veux être traductrice. Au niveau oral, j’ai déjà
beaucoup progressé ici. Je pense que ça va m’être
très utile.