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Entretien d'un participant Workin' USA


Sami B. revient des USA, après avoir mené à son terme - dans le cadre du programme Workin'USA - une expérience professionnelle de longue durée. En dix-huit mois, il est passé de la glaciale Philadelphie à la chaude L.A ; il a partagé la vie de deux entreprises, il a traversé la période du 11 septembre. Il revient ici sur les grandes lignes de son « enrichissante » expérience.

Calvin-Thomas - Sami. Tu viens juste d'achever une période de 18 mois de « stage à l'étranger » - aux USA en l'occurrence. Au terme de cette période, et sans forcément disposer de tout le recul nécessaire, quel est, chez toi, le sentiment qui l'emporte ?

Sami B. - Celui d'avoir rempli mes objectifs : je reviens en maîtrisant l'anglais ; au delà, j'ai le sentiment d'avoir réussi mon immersion, autrement dit, de m'être fait une place - ma place - à l'étranger. Rien n'était pourtant acquis à l'avance. Je partais là-bas sans repères et sans liens. Quand je dis une place, j'entends cela au niveau professionnel autant qu'au niveau humain. Aujourd'hui, je me connais mieux, j'ai donc plus confiance en moi, je me sens plus épanoui. Globalement j'ai l'impression d'une mission bien accomplie.  

Calvin-Thomas - Reprenons les choses au commencement. Comment a germé l'idée de ce stage de longue durée ? S'intégrait-il dans un cycle d'études ?

Sami B. - Oui, tout à fait. J'ai suivi en fait une filière d'école de commerce (Pôle Léonard de Vinci, à la Défense). Après une formation générale de deux ans, je me suis spécialisé dans la finance et la gestion. Au terme de ces quatre années, il fallait, pour homologuer le diplôme, faire un stage. C'est ainsi qu'est née l'idée du départ à l'étranger. Dès septembre 2000 je me suis mis en quête. J'ai pris quelques contacts aux USA, mais je me suis rapidement rendu compte que ça ne déboucherait sur rien. Alors j'ai démarché quelques organismes de recrutement. J'ai envoyé des C.V., j'ai pris des rendez-vous, je me suis armé de patience... Tout ça n'a pas abouti non plus. J'étais un peu désespéré, jusqu'au jour où ma responsable de stage - à qui j'avais fait part de ma situation - m'a appelé pour rencontrer un responsable de Calvin-Thomas. La proposition qu'elle me faisait était très précise, très concrète (voir ci-dessous). Le « deal » était clair. Même s'il sous-entendait un investissement important au départ, la garantie de salaire était très intéressante. Je voulais partir en février. Il fallait faire vite. J'ai joué le coup à fond.

Calvin-Thomas - Et les choses ont effectivement été rapides ?

Sami B. - J'ai passé un entretien chez Calvin-Thomas à la mi-décembre. J'ai eu deux ou trois entretiens avec des boîtes américaines vers la mi-janvier. Ils n'ont pas abouti. Soit j'étais en concurrence avec d'autres, soit je n'avais pas tout à fait le profil recherché. Un jour on m'a appelé de Philadelphie. C'était une agence de tourisme. On a parlé une heure. Ils m'ont donné leur accord aussitôt. Ils étaient intéressés, je crois, par mon double bagage, gestion et marketing. Moi, je n'ai pas fait le difficile. J'avoue que je ne savais pas trop où était Philadelphie... Et même si j'ai réalisé assez vite que j'étais loin du rêve californien, j'ai profité de l'opportunité. Après tout, me suis-je dit, l'arrangement financier n'est pas mauvais et l'occasion ne se représentera peut-être pas de sitôt. Je pouvais concrétiser les choses.
À la mi-février, j'étais parti.

Calvin-Thomas - Raconte-nous un peu tes premiers pas là-bas ?

Sami B. - J'avais beaucoup d'appréhension en partant : pas de famille, pas d'amis. Je filais tout de même vers l'inconnu. J'arrive en plein hiver : -21°C. Je débarque dans la banlieue de Philadelphie : cadre un peu lugubre, ambiance glaciale. Je ne suis pas fier. Dès le lendemain, je me trouve plongé dans le boulot : je suis confronté alors au décalage de la langue, à la découverte de la culture « American Business », à une autre façon de penser et de vivre, à des relations nouvelles.

Calvin-Thomas - Tu décris-là un vrai choc ? Comment s'en sort-on ?

Sami B. - Je m'y étais préparé. Mais, c'était dur, et il fallait tout de même encaisser. Et puis, il n'y avait pas que le boulot. Tout était à construire : trouver un appartement, une voiture, ouvrir un compte en banque, obtenir la « social security card », etc. Il fallait se démener. D'un côté je suis passé à l'action, de l'autre j'ai fait le dos rond. La boîte n'était pas trop grosse, je dois dire qu'ils m'ont bien pris en charge et que j'ai été bien épaulé et soutenu pour les premiers pas.  Question adaptation, j'ai laissé couler en me disant que toutes les difficultés allaient finir par s'aplanir. Je me suis souvenu que tout cela était décrit dans le petit livret qu'on m'avait donné ; je me suis dit qu'il fallait passer par là. En fait, je me suis fondu dans la masse. J'ai joué l'immersion à fond (il faut dire qu'il n'y avait pas un français à 100 kilomètres à la ronde). Avec le temps, les sacrifices ont fini par payer.

Calvin-Thomas - Tu peux nous donner un calendrier de ton « intégration » ?

Sami B. - Une semaine pour la mise en place, un mois de mise en phase, et trois mois pour être vraiment à ma place. Trois mois, cela correspond au moment où je deviens opérationnel dans la boîte.

Calvin-Thomas - Justement, parlons du travail.

Sami B. - L'agence, à vocation touristique, était impliquée dans l'humanitaire. Il s'agissait d'une petite structure assez ambitieuse, pour elle comme pour ses employés. Le boulot n'était pas inintéressant, avec une partie assez créative (autour du plan marketing). Il y avait des séminaires, je suis allé à New York pour une formation... J'ai un peu découvert la Côte Est.
Je m'entendais bien avec la « manager » et avec les employés. Tout roulait plutôt pas mal, quand le couperet est tombé : j'allais être licencié pour raisons économiques. Une histoire de charges insurmontables, etc.

Calvin-Thomas - Quelle fut ta réaction ?

Sami B. - J'ai un peu réfléchi. Et j'ai pris ça comme une opportunité. Je me suis dit « A quelque chose malheur est bon », et me suis souvenu de mon rêve californien. Alors j'ai essayé de rebondir, de ce côté-là. Je disposais d'un mois pour retrouver du boulot. J'ai repris contact avec Calvin-Thomas. On m'a assez rapidement mis en relation avec une certaine Tiffany Hughes, qui était en train de monter son agence de tourisme au sein de la Police Academy de Los Angeles.  On a eu un long entretien au téléphone. Elle a mis presque deux semaines à me donner sa réponse. Finalement ce fut « oui ». Je crois qu'elle m'avait senti dynamique et très très motivé.

Calvin-Thomas - Tu étais donc prêt pour un nouveau départ ?

Sami B. - J'ai tout liquidé en une semaine : voiture, appart, télé, pour partir direct pour L.A.  j'étais frais et dispo. En arrivant j'ai été pris en charge par Calvin-Thomas et j'ai vite intégré le nouveau travail.

Calvin-Thomas - Sans passer à nouveau par la case « Intégration » ?

Sami B. - Non, rien à voir. J'étais en phase avec la façon de penser ; je maîtrisais bien mieux tous les paramètres (langue, organisation) ; et je savais ce qu'on attendait de moi. Les choses étaient précises. L'agence que Tiffany montait avait pour vocation d'organiser et de proposer des vacances-voyages aux policiers de Los Angeles et à leurs familles.

Calvin-Thomas - En quoi consistait ton travail ?

Sami B. - Il s'agissait pour moi de travailler sur l'image de l'agence et sur le marketing : création du site, des logos, d'une base de données... Dans la mesure où il s'agissait d'une création d'entreprise, il y avait tout à faire. J'avais une grande autonomie - je pourrais même dire qu'elle était totale. La phase de mise en place (informatique, réseau...) a été très excitante. Ensuite nous nous sommes associés à une agence de voyage pour les réservations, les enregistrements. Dans la dernière phase de mon séjour, j'ai même dû former des gens. C'était passionnant. Il fallait un peu toucher à tout. L'expérience était pleine : une réelle opportunité, un vrai challenge.

Calvin-Thomas - L'activité a été très marquée par les événements du 11 septembre. J'imagine que pour une entreprise naissante cela a dû être un cap difficile à passer ?

Sami B. - Les attentats sont survenus un mois après nos débuts. L'activité a été stoppée net. Mais ça a assez vite repris. D'abord doucement puis de plus en plus nettement.  

Calvin-Thomas - Qu'as-tu appris durant ces 18 mois que tu n'aurais pas appris en France ?

Sami B. - Du point de vue professionnel, je crois que j'ai fait un bond en avant. Comme phase de conclusion aux études, une telle expérience était parfaite. J'ai été plongé dans la pratique, dans les responsabilités aussi.  Je crois qu'en partant, j'ai gagné beaucoup de temps. J'ai appris l'efficacité. Du point de vue personnel, je me suis ouvert, j'ai surmonté les obstacles. Je crois que je me suis accompli.

Calvin-Thomas - Le fait de travailler au sein de la « Police Academy » laisse-t-il un souvenir particulier ?

Sami B. - Nous étions prestataires de services pour les L.A.P.D. L'agence était localisée au sein de l'« Académie ». L'« Académie », c'est un peu le comité d'entreprise de la police. Un lieu de cérémonies, de réunions, de fêtes. Il faut imaginer cela aux dimensions américaines. C'était un cadre somptueux. Je crois que je ne retrouverai jamais de telles conditions de travail. Au delà, l'ambiance était bonne. Les relations très cordiales.

Calvin-Thomas - Revenons au 11 septembre, et à la façon dont tu l'as ressenti plus personnellement. En tant qu'étranger déjà, et qui plus est de confession musulmane.

Sami B. -Je n'ai pas trop évoqué ce point. Là-bas, j'étais français, point barre. Le jour-même proprement, j'ai été abasourdi... Comme tout le monde, je crois ! Même si c'était à un degré autre que certains Américains. Ma room mate par exemple avait travaillé pendant quatre ans au WTC ! alors vous imaginez. Le 11 proprement dit, je me souviens m'être demandé si je devais ou non aller travailler. Je me souviens que les rues étaient vides, et que tout le monde se demandait si, après New York et Washington, ça n'allait pas être le tour de L.A. Après coup, je garde de l'événement et de ces conséquences deux impressions très fortes. D'abord celle du décalage culturel que j'avais soudain avec les Américains. Indirectement je représentais la culture européenne et musulmane et eux la culture américaine. C'était très intéressant. J'ai beaucoup parlé, échangé. J'étais surpris de l'ignorance de certains sur certains sujets, et de leur propension à caricaturer. J'ai également été très marqué par la capacité américaine à se regrouper et s'unir. Je voyais l'Amérique comme le pays du chacun pour soi, comme un peuple de mercenaire. J'ai découvert l'inverse : un peuple uni. Je ne pensais pas qu'une telle unanimité pouvait animer ce peuple. Le 11 a bousculé en moi une certaine image de l'Amérique.

Calvin-Thomas - Au niveau du bilan, comment estimes-tu t'en être sorti financièrement ?

Sami B. -La  première phase n'est pas simple. Au début, tu dois sortir de l'argent. Entre le coût du programme, l'avion, les avances, les garanties, tu crois que tu ne vas pas en voir le bout. Je souligne qu'à ce niveau-là, la possibilité de partager un appartement est une aubaine. À moyen terme (4, 5 mois), tu commences à voir le jour. Et à long terme, il n'y a plus de problème ; ça devient même intéressant. En fait les sommes que l'on verse au départ, il faut les prendre comme un investissement. Un très bon investissement, et ce à tous les niveaux.
De l'expérience, on pourrait globalement dire qu'elle est enrichissante, mais j'ajouterais que l'aspect financier, bien que non négligeable, est secondaire.

Calvin-Thomas - Si tu devais garder une image de ce séjour ?

Sami B. - J'en garderai deux. L'arrivée glaciale à Philadelphie - nous sommes en février 2001, je suis seul et je ne pense qu'à m'accrocher - et puis le départ sous la chaleur californienne - nous sommes en septembre 2002, on fête la fin de mon séjour, nous sommes à l'ombre des palmiers, et je suis très entouré ! Voilà, c'est ce passage du froid au chaud qui symbolise le mieux mon expérience, mon parcours. 

 

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