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Entretien avec Rodrigue Colainanni,
Directeur du programme Workin'USA à Los Angeles


Rodrigue Colaianni, directeur de Workin'USA aux Etats-Unis, revient sur les points clés et sur les points forts du programme « stages rémunérés et premiers emplois aux USA ». Son regard, d'outre-atlantique, nous aide à mieux comprendre les enjeux du programme et le travail spécifique de placement.

 

Calvin-Thomas - Commençons peut-être par présenter Workin'USA ?

Rodrigue Colaianni - Il s'agit d'un programme de stages rémunérés, de longue durée (12 à 18 mois), aux USA. Nous assurons la sélection et la préparation du participant, nous assurons son placement dans une entreprise américaine, nous aidons à la mise en place de son projet et nous le soutenons une fois sur place. Nous proposons deux formules différentes. Dans la première, la formule « Clés en mains », le candidat nous confie la phase de recherche de stage ou d'emploi dans sa globalité. Et dans l'autre, la formule « Self Directed », nous réalisons un travail de « coaching ». Nous fournissons au participant une méthodologie et des noms d'entreprises à contacter, et le participant établit lui-même les premiers contacts. Il s'implique dans sa recherche ; Workin'USA la finalise. Quant au reste du service (assistance et suivi) il est équivalent .

Calvin-Thomas - A qui s'adresse Workin'USA ?

R. C. - Aux étudiants et aux jeunes professionnels, âgés de 20 à 35 ans. Je pense que le moment le plus favorable pour s'engager dans ce programme se situe à la fin des études, au moment de basculer dans la vie professionnelle. C'est le moment où l'on est le plus flexible, le plus disponible aussi. La recherche d'un premier emploi en France est souvent pénible : les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des espérances, les postes intéressants sont rares, la concurrence est rude. Autant profiter de ce moment pour tenter « l'aventure à l'étranger » . Plus tard, c'est souvent plus difficile, dans la mesure où l'on est déjà inscrit dans un plan de carrière, et où pour partir, il nous faut abandonner beaucoup de choses. En partant au sortir des études, au contraire, on modèle son avenir professionnel, on lui donne une vraie ® et souvent une bonne ®  direction.

Calvin-Thomas - Quels sont les arguments forts en faveur de ce genre de projet  ?

R. C. - Aujourd'hui, on se situe, qu'on le veuille ou non, dans une économie globale, surtout dans l'industrie du business, de l'hôtellerie, du tourisme, etc... Dans ce cadre, une expérience  à l'international est très valorisante. Par ailleurs, la maîtrise réelle de l'anglais et sa pratique concrète dans une entreprise est d'une immense utilité (même si le candidat envisage de faire carrière en France). Il ne faut pas oublier non plus que le fait de séjourner un an aux États-Unis offre des perspectives d'embauche sur place et des opportunités d'engager un parcours professionnel hors normes. En un mot, celui qui envisage de faire carrière aux USA sera favorisé par cette expérience, et celui qui envisage soit de rentrer en France soit de repartir ailleurs à l'étranger pourra se prévaloir d'un véritable atout. Cette expérience l'aidera forcément à trouver du travail.  

Calvin-Thomas - Travailler aux USA d'accord, mais pourquoi faire appel à une société de service ?

R. C. - Je suis Français moi-même. Je suis parti seul aux USA, il y a quelques années, sans structure et sans soutien. Je pense que j'ai perdu beaucoup de temps... et donc beaucoup d'argent ! Vous savez, l'investissement via Workin'USA s'élève à environ 3-4000 euros. Or, c'est la somme que vous aller dépenser en 3 ou 4 mois à Los Angeles. C'est donc le temps dont vous disposerez pour vous installer sur place et pour trouver votre boulot. C'est vraiment très court, et surtout très, très aléatoire. Que faites-vous si au bout de trois mois vous n'avez rien trouvé ? N'oubliez pas non plus que les problèmes d'immigration deviennent de plus en plus complexes à débloquer, et, quoi qu'il arrive, si vous êtes parti sans visa de longue durée, il vous faudra rentrer en France pour en obtenir un. Tout cela a un coût ! Il faut y penser.

Calvin-Thomas - Et chercher son emploi à partir de la France, est-ce envisageable ?

R. C. - C'est quasiment voué à l'échec. Aujourd'hui un employeur n'accordera aucun crédit à une candidature spontanée qui viendrait de l'étranger et qui ne serait pas relayée à partir des US. Il faut savoir par ailleurs que le visa est très difficile à obtenir sans l'aval d'un organisme reconnu. N'oublions pas que Workin'USA apporte sa caution. Et je ne parle pas de la question des assurances, ni de celle du soutien sur place ! N'oublions pas pour finir que nous réalisons un vrai travail d'agent, d'intermédiaire entre l'employé et l'employeur : nous mettons en valeur les candidatures, nous négocions des conditions de travail et de salaire bien meilleures que si les participants agissaient seuls et en direct.
 
Calvin-Thomas - Venons-en justement au travail de Calvin-Thomas. On sait en quoi consiste le travail de préparation en France (recrutement, compréhension des attentes...),  mais on en sait moins sur l'intervention  de l'équipe américaine ?

R. C. - Une fois que nous avons compris qui était le candidat, ce à quoi il aspirait et ce à quoi il pouvait prétendre, nous entrons dans la phase de démarchage pure : il faut établir des contacts. Ici aux USA, nous avons construit un réseau d'entreprises partenaires. Nous nourrissons ce réseau en permanence (échanges, rencontres, pots, forums, salons...), nous le renouvelons, et c'est vers lui que nous nous tournons en premier lieu.   

Calvin-Thomas - Concrètement comment gérez-vous un dossier de candidature ?

R. C. - Pour chaque candidat, nous mettons en place une liste d'entreprises cible dans le secteur recherché.  A partir de là nous multiplions les contacts par téléphone, fax et e-mails. C'est vraiment du marketing direct, du démarchage pur. Non seulement il faut appeler, mais il faut relancer en permanence.  Nous sommes 4 « researchers » (recruteurs) au bureau. Dès qu'un dossier arrive, nous faisons un petit meeting pour affiner notre stratégie,  et, à partir de là, chacun commence ses recherches, active  ses réseaux, joint ses partenaires. Si au bout de deux semaines cela ne donne rien dans les réseaux de proximité, on élargit la recherche. Si un contact sérieux est établi, on bloque le dossier une semaine, et ce afin de donner l'opportunité à l'employeur de se décider.

Calvin-Thomas - En moyenne, combien faut-il établir de contacts pour trouver une place en entreprise ? Et combien cela prend-il de temps ?

R. C. - C'est très variable. Il nous arrive de tomber sur le bon contact au bon moment, on peut alors finaliser un placement en 1 semaine, mais cela peut aussi aller jusqu'à 3 mois... où même plus. Cela dépend également de la conjoncture. Il n'est pas rare de travailler 2 mois sur un dossier et d'établir jusqu'à 1500 contacts, voir plus ! 

Calvin-Thomas - La méthode est globale, mais chaque cas est particulier, n'est-ce pas ?

R. C. - Nous sommes une petite structure. Nous tournons avec un nombre de participants  tel que nous sommes en mesure d'accorder une attention particulière  à chacun. Nous connaissons tous nos dossiers. Nous focalisons surtout la recherche sur une description de poste qui corresponde à l'attente du participant. Nous vivons réellement avec le dossier d'un participant, jusqu'à ce que le placement aboutisse, autrement dit jusqu'à la négociation et jusqu'à l'organisation de l'entretien final entre le candidat et l'employeur.

Calvin-Thomas - Est-ce qu'il existe un candidat idéal, un profil type ?

R. C. - Le candidat idéal a un bon niveau d'anglais, il est souple et ses attentes sont réalistes. Nous ne vendons pas du rêve. Travailler aux USA, c'est une possibilité d'ouverture, mais ce n'est pas LA solution miracle. Il est évident qu'un jeune diplômé, qui n'aurait  aucune expérience professionnelle, ne pourrait pas travailler d'emblée chez Chanel, à New-York,  en tant que chef de projet.
J'ajouterai qu'un candidat doit être prêt à aller partout aux USA, et qu'il doit vraiment envisager son année comme un tremplin. Il doit être prêt aussi à s'investir dans son boulot. Cela va nous aider dans notre recherche, mais cela va surtout l'aider à bonifier son année. J'ai en tête des exemples de parcours étonnants. Pour ne parler que de l'aspect financier, je pense à un jeune qui a démarré en tant qu'agent de réservation à 1500 dollars par mois et qui à la fin de l'année a été embauché ; il est finalement resté 3 ans aux USA, il a dirigé la mise en place d'un nouveau système de réservation informatique, etc. ; il touchait près de 3500 dollars, et quand il est rentré en France, il a trouvé un poste très intéressant.

Calvin-Thomas - Est-ce que vous pouvez traiter toutes les demandes, quel que soit le secteur d'activité ?

R. C. - Nous sommes spécialisés dans le commerce, le tourisme et l'hôtellerie. Là, nos réseaux sont très actifs et pour ceux qui cherchent un emploi marketing ou autre dans ces secteurs d'activités, la formule « Clés en mains » convient parfaitement.  Mais pour des recherches très spécialisées, je conseillerais plutôt au candidat la formule « Self directed ». Prenons l'exemple de quelqu'un qui recherche un emploi d'ingénieur dans l'aéronautique. Nous pouvons l'aider en lui fournissant nos contacts, notre méthodologie et notre caution, mais, à l'évidence, il sera mieux placé que nous pour « se vendre » et pour mettre en avant ses compétences et ses points forts. Au niveau de la recherche, cette formule nous permet justement de combiner les compétences de Workin'USA et celles du participant.

Calvin-Thomas - Est-ce qu'il y a des échecs au niveau de l'expérience en elle-même, au niveau de l'intégration par exemple ?

R. C. - Très peu. Et s'il y en a, cela tient soit à des problèmes d'adaptation à la vie à l'étranger soit aux problèmes relationnels à l'intérieur de l'entreprise, à la souplesse de l'employeur, à la qualité de vie au travail...  Exactement comme en France.

Calvin-Thomas -
Une fois sur le sol américain, quel intérêt y-a-t-il à faire partie du réseau Workin'USA ?

R. C. - Workin'USA facilite la vie du participant : pas de préoccupations au niveau légal, aide au niveau du numéro d'assuré social, aide à l'arrivée à l'aéroport, réservation d'une chambre pour les premiers temps, listing d'appartements à louer... Durant l'année, les participants font partie d'un groupe, d'une structure ; en cas de difficultés, on est présent, on peut leur donner un coup de main, et quand cela est possible, on organise des rencontres.

Calvin-Thomas - Pour finir, parlons de la localisation. Vous possédez un bureau sur la côte est, à Miami, et un sur la côte ouest, à Los Angeles. C'est là que sont placés 60 % des stagiaires. Or cette ville, si elle attire la majeure partie des participants, les inquiète tout autant !

R. C. - C'est vrai. Ceux qui viennent à Los Angeles en touriste ne comprennent pas la ville : ils la cherchent, ils ont l'impression de s'y perdre, ils n'ont plus de références. New York ou San Francisco restent des villes « européennes », pas Los Angeles. L.A. n'a pas de centre ; ce n'est pas un espace monolithique mais plutôt une somme de villes accolées : Santa Monica, Beverley Hills, Irvine, Malibu... Chacune de ces unités a son caractère.  Le tout dessine un espace très vivant, qui bouge énormément, qui respire le business, mais où, contrairement  à l'idée reçue, il fait bon vivre. En fait, L.A. gagne à être connue. Pour l'aimer, il faut y vivre, y travailler. Quant à la Californie, si on l'élève à la hauteur d'un état, c'est tout de même la cinquième puissance économique mondiale. Il y a donc de quoi faire !

 

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